Quand les murs commencent à parler
Depuis mon arrivée dans le Jura, je me suis plongé dans les histoires locales, les légendes oubliées, les récits de villages et les présences discrètes qui habitent encore les paysages.
Après quelques essais à la scie à chantourner, je me suis lancé dans les Figures de façades.
Des visages, des créatures et des formes organiques surgissent sur les murs, les granges, les ateliers ou les maisons. Chaque figure raconte quelque chose du lieu: une ancienne activité, un souvenir, un habitant, un conte local ou simplement une sensation liée à l’endroit.
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Voici la Carte des Figures de façades disséminées dans le Jura :
Notez que parfois il faut zoomer sur un point pour en découvrir des Figures voisines
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L’expression Pays Déguisé est née un soir alors que je peignais une façade.
Du haut de son tracteur, un paysan m’interpelle:
— Qu’est-ce que tu fais encore ?
— Ben tu vois… je dessine un personnage.
Après un silence, il m’a répondu :
— C’est bien… ça va déguiser le pays.
Je trouve cette phrase mirifique.
Mes figures sont dessinées d’une seule ligne continue, sans lever la main. Comme si le dessin respirait d’un seul souffle. De la même manière, leurs formes pourraient être découpées d’un seul trait de ciseaux.
Cette ligne unique vient des années où je dessinais les voyageurs du métro parisien sur des feuilles posées contre ma cuisse droite malgré les secousses du train. Peu à peu, cette contrainte est devenue mon écriture.
Je me définis parfois comme un Ymagier : un montreur d’images, un faiseur de visions, un conteur ambulant.
Depuis longtemps, j’invente des formes mêlant dessin, récit, ombre, cinéma et poésie visuelle. J’aime créer des dispositifs simples qui stimulent les imaginaires.
Dans les années 1990, j’ai cofondé les Faites de la Lumière, durant lesquelles artistes et habitants transformaient ensemble leurs rues et leurs façades le temps d’une nuit. L’événement s’est ensuite propagé dans plusieurs pays tout autour du globe.
Ce qui m’intéresse profondément n’est pas de produire des œuvres spectaculaires séparées des humains, mais de provoquer des rencontres et permettre aux habitants de redevenir acteurs de la beauté de leur quotidien.
Les façades ne sont pas réservées aux seules enseignes publicitaires.
L’art peut surgir partout:
sur un mur de village,
une grange,
un atelier,
une place discrète.
Je partage mes créations les plus intimes, classées comme excentriques ou dérangeantes, dans des lieux spécifiques (hangar à New-York, squat à Paris, galerie à Eindhoven, centre d’art à Bilbao…). Mais lorsque je travaille dans l’espace public, J’aime que les gens lèvent la tête, sourient, s’interrogent ou racontent ensuite la figure à quelqu’un d’autre pour le joyeusifier.
Dans le Jura, cette recherche a donné naissance à plusieurs spectacles comme Monstres et Merveilles du Jura avec la cantatrice Salomé Haller et la flûtiste médiévale Tiphaine Boulc’h, ou encore Contes du Jura Botoxés, où je revisite des récits populaires à travers le dessin, l’ombre et ma jactance.
Avec l’aide des énergies locales, j’ai aussi inventé des machines artisanales comme l’Ombroscope ou le Rouloscope, qui me permettent de déployer des émouvances d’ombres et des travellings de dessins.
Justement, je dessine pour que l’ordinaire retrouve sa part de merveilleux.
Le Parcours du Pays Déguisé continue aujourd’hui de s’étendre au fil des rencontres.
Et si une Figure de façade apparaissait un jour chez vous ?
Contactez-moi pour en inventer une.
